Drugeot n'est pas une marque comme les autres, à plus d'un titre

Drugeot n'est pas une marque comme les autres, à plus d'un titre

Publié le 19 Mai 2022

Drugeot Manufacture a mis à profit le retour du salon Maison & Objet à Paris, reporté de janvier à mars 2022 pour cause de pandémie, pour mettre en scène ses nouveautés. Nous en avons profité pour échanger avec Matthieu Rochepeau, co-fondateur et responsable commercial de la marque angevine.

Matthieu, peux-tu nous dire comment Drugeot a vécu les crises successives que nous n'en finissons pas de traverser, la crise sanitaire bien sûr, et ses conséquences sur le marché des matières premières dont le bois. Et maintenant le conflit russo-ukrainien ? 

Matthieu : Le confinement et le Covid ont accéléré l'attrait des consommateurs pour les belles matières et le Made in France. Nous avons collectivement pris conscience de notre dépendance avec le reste du monde et que si on ne consommait pas local et en circuit court, si l'on ne valorisait pas les marques qui faisaient ces efforts, cela poserait davantage de problèmes encore. Et Drugeot répond à ces préoccupations en utilisant uniquement des bois français, produits principalement en Picardie. J'allais presque dire que chez Drugeot, on demanderait bien un nouveau confinement ! 

Les gens ont redécouvert leur intérieur qui n'était souvent qu'un lieu de passage et ont prêté davantage d'attention à leur lieu de vie qui est devenu aussi leur lieu de travail. On est dans l'idée de consommer moins mais mieux, ce sont précisément ces clients-là qui nous intéressent. Même les difficultés d'approvisionnement en matières premières, nous n'en avons pas pâti compte tenu de la fidélité que nous entretenons avec nos fournisseurs depuis une vingtaine d'années. Nous n'avons jamais été confrontés à des rapports de force, nous travaillons en confiance avec eux et nous sommes bien servis si nous avons des urgences. Ce sont des relations de partenariat. Certes nous subissons la hausse des prix comme tout le monde, mais nous parvenons à maîtriser les délais des approvisionnements grâce à nos relations avec nos scieurs et nos scieries. Ceux-ci sont situés comme 95% de nos fournisseurs à moins de 200 km de l'atelier et, par conséquent, nous sommes en mesure de maîtriser également les livraisons. L'entreprise existe depuis 53 ans, on parle beaucoup de fabrication éco-responsable, durable et raisonnée et, chez Drugeot, il y a 53 ans que nous le faisons ! C'est très précieux pour nous et aujourd'hui nous en bénéficions. Nous sommes sur du long terme, nous ne pratiquons par le « one shot », tant envers nos revendeurs que nos clients. Notre credo, ce sont des relations vraies. C'est l'image que nous véhiculons et c'est dans notre ADN. C'est sans doute pourquoi Drugeot n'a pas souffert des crises que nous avons traversées. Tout cela fait que nous sommes plutôt optimistes. 


Drugeot présente la table basse Amac, laquelle porte fort bien son nom, puisqu'elle est composée tout à la fois de chêne et de cuir végétal.


Peux-tu nous raconter les conditions de cette collaboration entre Drugeot et Bleu de Chauffe et nous en dire davantage sur ce dernier ?

Matthieu : Pour être francs, nous ne connaissions pas Bleu de Chauffe, mais sur le salon Maison & Objet, nous avons découvert qu'une personne sur deux les connaissait ! Chaque année, Bleu de Chauffe crée une collab'. Précédemment avec Kann Design, BMW moto ou Lafuma mobilier, par exemple. Bleu de Chauffe, ce sont des maroquiniers installés dans l'Aveyron, à deux pas du viaduc de Millau. Ils travaillent le cuir végétal. Ils communiquent beaucoup et ont une excellente image. Ce sont eux qui sont venus nous solliciter au début de l'année dernière et nous ont dit « on est comme vous, fabrication française et on travaille des matières naturelles. Le cahier des charges est simple : réunir nos savoir-faire, associer les matières que l'on maîtrise et en tirer une idée originale qui va faire parler d'elle ». Le chêne et le cuir sont voisins de par leur vieillissement. L'aventure est partie ainsi. Avec Frédéric Saulou, nous avons d'abord pensé à une lampe ou à une assise. Finalement, c'est Amac qui a vu le jour, une table basse effilée aux grandes dimensions. Notre collaboration avec Bleu de Chauffe s'est faite très naturellement. Ce fut une belle surprise lors du salon où elle a reçu un excellent accueil, ainsi que la table basse Toi et Moi et la bibliothèque Voile. Nous avons présenté 12 nouveautés dont une grande majorité a été bien accueillie. Peut-être que nous avions mieux peaufiné nos nouveautés après deux années sans salon... Nous avons également changé de hall d'exposition et cela a été bénéfique pour nous, nous avons établi de meilleurs contacts.




Au titre des nouveautés également, les tables basses Tripode. Comme d'habitude chez Drugeot, ces tables sont composées de chêne massif issues de forêts gérées durablement. Il s'agit de la première collaboration de Drugeot avec Ludovic Renson, qui propose également deux miroirs cette année.



Comment Drugeot choisit-il ses designers ?

Matthieu : Nous avons 2 modes de fonctionnement. Tout au long de l'année, nous recevons des propositions que nous examinons car nous ne sommes pas à l'abri d'une belle surprise. Nous restons friands et tout à la fois étonnés qu'il y ait encore des choses à inventer.

Par ailleurs, nous sommes demandeurs à partir d'un brief élaboré par Frédéric Saulou en fonction de nos besoins, de nos familles de produits, du style. Dans ce cas, nous sommes plutôt « moteurs » et envoyons ce brief à nos designers, mais également à d'autres avec lesquels nous ne travaillons pas. Pierre (Rochepeau) et Frédéric opèrent une première sélection, avant tout par coups de cœur. Et, dans un deuxième temps, il faut déterminer si le projet correspond à l'ADN de Drugeot. Naturellement, nous réfléchissons également à sa faisabilité technique dans nos ateliers en réunissant les artisans qui travaillent pour nous. Enfin, nous étudions le prix de revient et la pertinence du prix de vente.Le projet adopté, il y a ensuite de nombreux allers-retours avec le designer avant d'élaborer un prototype. Cela peut prendre jusqu'à 6 mois de travail.


Pour la première fois, Drugeot présente une chaise : la chaise Séléna que l'on doit à Olivier Gassies.


Matthieu : Depuis longtemps nous souhaitions proposer une chaise. Et cette chaise n'est pas arrivée comme ça ! Il y a eu de longues réflexions pour déterminer comment on pourrait rendre le chêne « souple » avec ce travail de « perçage », tant sur le dossier que sur l'assise. Nous avons dû tester énormément pour déterminer jusqu'où le bois pouvait être ajouré sans fragiliser l'ensemble. C'est une technique très difficile. Mais nous sommes très heureux du résultat. Cette chaise plaît beaucoup et elle est très confortable.

Hugues Weill propose cette saison la bibliothèque Voile. Dans chacune de ses créations on retrouve la personnalisation couleurs de certaines zones, comme les fonds ou les portes. Cette personnalisation est à nos yeux l'un des points différenciants majeurs de la marque.


Pourquoi cette démarche ?

Matthieu : Proposer ces fonds de couleur, ça nous ramène au début de notre conversation. La personnalisation est un service que nous apportons à nos clients : c'est à la fois un argument de vente et un gage de sympathie à leur égard. Les fonds de couleur permettent de voir nos meubles comme des œuvres d'art.
Certains clients ne remplissent pas tous les rayons de la bibliothèque afin que les fonds de couleur restent visibles...

C'est effectivement l'un des composants de notre ADN, comme je le disais.
Drugeot n'est pas une marque comme les autres, à plus d'un titre.

Propos recueillis en Mai 2022

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